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France–Liban· Décryptage

Le Liban, premier réseau scolaire français au monde : la francophonie comme choix de souveraineté

Aucun autre pays ne scolarise autant d'élèves dans des établissements français. Le gouvernement français lui-même l'a reconnu : le Liban est le premier réseau d'enseignement français de la planète. Loin d'être un vestige du Mandat, cette francophonie scolaire est un atout que le pays a choisi de préserver, y compris au plus fort de son effondrement.

Le Grand Lycée franco-libanais dans le quartier d'Achrafieh, à Beyrouth

Patrice Bon / Wikimedia Commons (CC0)

Il existe un domaine où le Liban devance tous les autres pays du monde, y compris les plus peuplés et les plus riches : l'enseignement français. Aucun État n'accueille davantage d'élèves dans des établissements homologués par la France. Ce n'est pas une affirmation militante, c'est un constat posé par le gouvernement français lui-même. Devant le Sénat, en séance publique le 19 janvier 2021, un secrétaire d'État rappelait que le Liban constitue « le premier réseau au monde en nombre d'élèves scolarisés, avec près de 60 000 élèves », dont « une majorité d'enfants libanais ». Cette phrase dit l'essentiel : la francophonie scolaire libanaise est d'abord une affaire libanaise.

Un réseau sans équivalent

Les chiffres donnent la mesure de cette singularité. À l'échelle de la planète, le réseau piloté par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) rassemble, à la rentrée 2026, 640 établissements implantés dans 140 pays, qui scolarisent plus de 400 000 élèves. La seule zone Proche-Orient de l'AEFE, centrée sur le Liban, réunit 68 établissements et plus de 60 000 élèves, de la maternelle à la terminale. Autrement dit, un pays de la taille de la région parisienne concentre à lui seul une part majeure de l'effort éducatif français hors de France.

Deux grands acteurs structurent ce paysage. L'AEFE, opérateur public rattaché au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, homologue et conventionne les établissements. À ses côtés, la Mission laïque française, association née au tout début du XXe siècle, gère et accompagne un ensemble d'écoles, de collèges et de lycées. Son ancrage libanais est ancien : le Grand Lycée franco-libanais, dans le quartier d'Achrafieh à Beyrouth, a été fondé en 1909. Plus d'un siècle plus tard, il reste l'un des vaisseaux amiraux du réseau, aux côtés d'établissements comme le Collège mariste Champville.

Un héritage, mais surtout un choix

On réduit trop souvent cette présence à un héritage du Mandat français (1920-1943). C'est une lecture courte. Si la langue française s'est diffusée au Liban bien avant le Mandat, à travers les missions religieuses et les échanges méditerranéens, son maintien aujourd'hui ne doit rien à la contrainte. Des dizaines de milliers de familles libanaises paient, souvent au prix de lourds sacrifices, une scolarité française pour leurs enfants. Elles le font parce que le diplôme ouvre des portes, en France comme dans le monde, et parce que le bilinguisme reste un marqueur social et culturel fort. La francophonie libanaise est un choix reconduit chaque année, génération après génération.

Ce choix a une valeur stratégique. Dans un pays fragilisé, où l'État peine à assurer ses fonctions régaliennes, le réseau scolaire français offre une continuité : des programmes reconnus, un pont vers l'enseignement supérieur, un capital linguistique qui prolonge le lien avec la diaspora et avec l'Europe. Défendre cette francophonie, ce n'est pas défendre une nostalgie ; c'est préserver un atout de souveraineté et d'ouverture, à condition qu'il demeure un choix et non un privilège réservé aux plus aisés.

La double épreuve de la crise

Cet édifice a vacillé. L'effondrement économique amorcé en 2019, la pandémie, puis l'explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020 ont frappé de plein fouet les établissements et les familles. La dévaluation de la livre a rendu les frais de scolarité insoutenables pour une partie de la classe moyenne, pilier historique de ce réseau. Plusieurs établissements ont vu leurs comptes plonger dans le rouge.

La réponse française a été à la hauteur de l'enjeu, et elle est révélatrice. Dans le plan de soutien au réseau d'enseignement français à l'étranger déployé après 2020, le Liban a été le premier bénéficiaire, avec plus de 20 millions d'euros débloqués, dont environ 7 millions pour la reconstruction des bâtiments endommagés par l'explosion. Que Paris ait fait du Liban sa priorité en dit long : pour la France, ce réseau n'est pas un poste budgétaire parmi d'autres, c'est un pilier de la relation entre les deux pays.

Une bataille loin d'être gagnée

Le défi n'est pas seulement financier. La francophonie scolaire affronte aussi la concurrence croissante de l'anglais, langue perçue par une partie des familles comme plus rentable sur le marché mondial. L'avenir du réseau se jouera sur sa capacité à rester accessible, à maintenir son excellence académique et à démontrer que le français n'exclut pas l'anglais mais s'y ajoute, dans une éducation résolument plurilingue.

Pour le Liban, l'enjeu dépasse la salle de classe. Chaque enfant qui grandit entre l'arabe et le français est un fil de plus tissé avec la France, avec la diaspora, avec un espace culturel de plus de 300 millions de locuteurs. À l'heure où le pays cherche des points d'appui pour se relever, ce réseau unique au monde figure parmi ses actifs les plus précieux. Encore faut-il le défendre comme tel.

FrancophonieÉducationFrance-LibanAEFE
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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