Au Liban-Sud, des milliers d'agriculteurs coupés de leurs terres
Le long de la Ligne bleue, la terre nourricière du Liban-Sud est devenue inaccessible. Entre oliveraies brûlées, récoltes perdues et accès interdit, l'agriculture du Sud, pilier économique de la région, encaisse plus d'un milliard de dollars de pertes.

Staselnik, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Au Liban-Sud, la première victime silencieuse de la guerre est la terre. Le long de la Ligne bleue, tracée par l'ONU en 2000, des milliers de familles qui vivaient de l'olivier, du tabac et du maraîchage ne peuvent plus atteindre leurs champs. Ce que la région perd n'est pas seulement une récolte : c'est un pan entier de son économie et de son ancrage.
Un quart des terres agricoles touchées
Le ministre de l'Agriculture, Nizar Hani, a chiffré l'ampleur du désastre : les attaques israéliennes ont provoqué plus d'un milliard de dollars de pertes agricoles et endommagé près d'un quart des terres cultivables du pays, soit environ 56 000 hectares. Or l'agriculture est le troisième secteur de l'économie libanaise, derrière les services et l'industrie : elle pèse jusqu'à 7 % du produit intérieur brut et fait vivre près de 15 % de la population.
Le Sud, grenier du Liban
La région frontalière concentre une part décisive de la production nationale. « Le Liban-Sud est l'une des régions agricoles les plus importantes du pays », rappelle Mohammad al-Husseini, à la tête du Rassemblement des agriculteurs du Sud, cité par l'agence Xinhua : il fournit l'essentiel des bananes, agrumes et avocats du Liban, en plus des légumes, du tabac et des olives. Selon lui, l'usage de phosphore blanc et les opérations de nivellement menées par l'armée israélienne ont ravagé de vastes surfaces agricoles et boisées, arraché des oliviers centenaires et privé les paysans de l'accès à leurs terres.
Des récoltes perdues, des vergers détruits
Derrière les chiffres, des vies brisées. Ali Ibrahim, 60 ans, cultivait pastèques, pommes de terre et aubergines dans la plaine du Wazzani. « Nous avons tout laissé derrière nous et sauvé nos vies », raconte-t-il : tracteurs, panneaux solaires et puits ont été détruits. À Kfarchouba, Hammoud Yahya n'a pu rejoindre ses oliviers depuis près de trois ans ; ses 1,9 hectare, qui donnaient une cinquantaine de bidons d'huile, ont été brûlés et rasés. La production de tabac du Sud, elle, a chuté d'environ cinq millions de kilos les bonnes années à moins de deux millions cette saison, sous l'effet des risques et de l'accès interdit, certains agriculteurs disant avoir été visés en tentant de travailler leurs parcelles.
Reconquérir la terre
Pour le Liban, l'enjeu dépasse le revenu agricole. La terre du Sud est un ancrage : y revenir, la remettre en culture, c'est réaffirmer une présence et une souveraineté. La reconstruction du pays passera aussi par ces vergers à replanter et ces champs à rendre à ceux qui les cultivent. Cette bataille rejoint celle, plus large, de la préservation de l'environnement et du patrimoine du Liban-Sud.
- Xinhua
- The New York Times
- Ministère libanais de l'Agriculture

