Walid Joumblatt, de la Révolution du Cèdre à la transmission : la constance souverainiste
De 2005 à aujourd'hui, Walid Joumblatt a été l'un des artisans de l'indépendance retrouvée du Liban, avant d'organiser sa propre succession. Derrière ses ajustements tactiques, une même obsession : la souveraineté du pays et la paix civile.

Photo : Bureau du Premier ministre grec / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.
Le 14 février 2005, l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri à Beyrouth provoque une onde de choc. Pour Walid Joumblatt, qui s'était progressivement éloigné de Damas, c'est une ligne rouge. Il devient l'une des voix les plus déterminées d'un mouvement historique : la Révolution du Cèdre.
2005 : l'architecte de l'indépendance retrouvée

Joumblatt s'impose comme l'un des principaux architectes de ce vaste soulèvement populaire qui réclame le retrait des troupes syriennes présentes au Liban depuis près de trois décennies. Il rejoint la coalition du 14-Mars, aux côtés du Courant du Futur et des partis chrétiens souverainistes (Larousse ; Wikipédia EN, « Walid Jumblatt »). La mobilisation aboutit : les forces syriennes quittent le Liban en avril 2005. C'est l'un des grands moments d'affirmation nationale de l'histoire libanaise récente, et Joumblatt en aura été un moteur.
Le pragmatisme au service de la paix civile
Les années suivantes sont faites d'ajustements. Joumblatt opère plusieurs repositionnements, tantôt vers le dialogue avec Damas, tantôt vers la neutralité. Ses détracteurs y voient de l'inconstance. Lui les justifie invariablement par un même impératif : éviter que sa communauté et le pays ne soient entraînés dans une confrontation intercommunautaire destructrice. « Pour préserver la paix civile, je suis prêt à tout sacrifier », déclarait-il en 2010 (L'Orient-Le Jour, 17 janvier 2010 ; Los Angeles Times, 3 août 2009).
Face au soulèvement syrien de 2011, il s'engage résolument pour la protection des populations civiles, notamment des communautés druzes de Syrie, et prône la neutralité du Liban dans le conflit (Le Monde, 1er décembre 2012). Là encore, la boussole reste la même : préserver son pays des débordements régionaux.
2023 : une succession ordonnée
En 2023, Walid Joumblatt franchit une étape rare dans la vie politique libanaise : il cède la présidence du Parti socialiste progressiste à son fils Taymour, né en 1982. Dans un pays où les chefs politiques s'accrochent souvent au pouvoir jusqu'au bout, cette transmission organisée témoigne d'un souci de continuité et de stabilité pour sa communauté. Walid conserve une autorité morale, mais la relève est en place.
2025 : le soutien à l'État
Après plus de deux ans de vacance présidentielle, Walid Joumblatt est l'un des premiers responsables politiques à soutenir publiquement la candidature du général Joseph Aoun à la présidence. Le 9 janvier 2025, l'Assemblée élit Joseph Aoun quatorzième président de la République avec 99 voix ; le bloc Joumblatt (8 députés) vote en sa faveur (Les Échos, 8 janvier 2025 ; L'Orient-Le Jour). Un choix cohérent avec sa ligne de toujours : le renforcement de l'autorité de l'État et la stabilité institutionnelle.
La constance derrière les virages
De la Révolution du Cèdre à la transmission à son fils, en passant par ses repositionnements successifs, le fil conducteur de Walid Joumblatt n'a jamais varié : la souveraineté du Liban et la préservation de la paix civile. C'est cette constance profonde qui, par-delà les apparences, fait de lui l'un des piliers de la vie politique libanaise contemporaine, comme le montre notre portrait d'ensemble.

