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Décryptages· Portrait

Walid Joumblatt, le patriarche druze qui a toujours parié sur le Liban

En un demi-siècle de vie politique, le chef du Parti socialiste progressiste a survécu à la guerre, aux invasions et aux pressions régionales. Sa boussole est restée la même : préserver la paix civile et l'unité d'un pays qu'il a placé au-dessus de son propre camp.

Portrait de Walid Joumblatt, chef du Parti socialiste progressiste

Photo : U.S. Department of State, domaine public (Wikimedia Commons).

Peu de figures incarnent autant que lui la complexité et la résilience du Liban. Pendant près de cinquante ans, Walid Joumblatt a tenu la barre du Parti socialiste progressiste (PSP) et du leadership druze à travers les pires tempêtes qu'ait connues son pays. Sa réputation d'homme aux virages imprévisibles masque une constance profonde : chaque fois que le Liban a été menacé de basculer dans la guerre civile, il a choisi le camp de la paix civile, quitte à sacrifier ses propres intérêts.

Un héritage avant d'être un homme

Né le 7 août 1949 à Moukhtara, fief héréditaire des Joumblatt dans le Chouf depuis le XVIIe siècle, Walid grandit dans l'ombre d'un géant : son père Kamal Joumblatt, philosophe, fondateur du PSP en 1949 et l'un des grands intellectuels du monde arabe. Cet héritage, fait de pensée politique et de responsabilité communautaire, façonne l'homme bien avant qu'il n'entre en scène. Nous détaillons cette lignée et cette pensée dans notre volet consacré à la dynastie Joumblatt, du Chouf à la pensée libanaise.

Survivre pour protéger

Walid Joumblatt au milieu des années 2000
Walid Joumblatt, figure centrale de la vie politique libanaise. Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.5.

Le 16 mars 1977, l'assassinat de Kamal Joumblatt projette Walid, alors âgé de 27 ans, à la tête de sa communauté en pleine guerre civile. Les années qui suivent sont les plus sombres du Liban contemporain. Pourtant, c'est aussi durant cette période que Joumblatt pose les jalons de ce qui deviendra son œuvre la plus durable : la réconciliation de la Montagne, scellée en 2001 avec le patriarche maronite et permettant le retour des déplacés chrétiens du Chouf. Ce chemin du conflit à la coexistence est raconté dans notre volet sur la guerre et la réconciliation de la Montagne.

Le souverainiste constant

Walid Joumblatt en rencontre officielle
Walid Joumblatt, défenseur constant de la souveraineté libanaise. Photo : Bureau du Premier ministre grec / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

À partir de 2005, après l'assassinat de Rafic Hariri, Joumblatt devient l'un des architectes de la Révolution du Cèdre, ce soulèvement populaire qui obtient le retrait des troupes syriennes du Liban. Défenseur d'un État souverain, il soutient en 2025 l'élection du président Joseph Aoun et l'affirmation de l'autorité de l'État. Son parcours récent, jusqu'à la transmission du parti à son fils, est détaillé dans notre volet de la Révolution du Cèdre à la transmission.

La transmission plutôt que l'accrochage au pouvoir

En 2023, Walid Joumblatt cède la présidence du PSP à son fils Taymour, né en 1982. Dans un paysage politique libanais où les leaders s'accrochent souvent au pouvoir jusqu'à leur mort, ce geste de transmission ordonnée tranche. Il illustre une préoccupation constante : assurer la continuité et la stabilité de sa communauté, sans crise de succession.

Un homme, une boussole

On a souvent reproché à Joumblatt ses revirements. Mais derrière l'apparente inconstance se cache une ligne remarquablement stable : éviter à tout prix que le Liban ne retombe dans la guerre civile, et protéger la coexistence entre ses communautés. « Pour préserver la paix civile, je suis prêt à tout sacrifier », déclarait-il en 2010 (L'Orient-Le Jour, 17 janvier 2010). Cette phrase résume mieux que tout autre un demi-siècle d'engagement au service du Liban.

Questions fréquentes

Qui est Walid Joumblatt ?

Walid Joumblatt, né le 7 août 1949 à Moukhtara (Chouf), est le chef historique du Parti socialiste progressiste (PSP) et le leader de la communauté druze libanaise de 1977 à 2023. Fils du philosophe et fondateur du PSP Kamal Joumblatt, il est l'une des figures majeures de la vie politique libanaise contemporaine.

Pourquoi Walid Joumblatt a-t-il si souvent changé d'alliances ?

Ses repositionnements successifs répondent à une même priorité affichée : préserver la paix civile au Liban et protéger sa communauté d'une confrontation intercommunautaire. « Pour préserver la paix civile, je suis prêt à tout sacrifier », déclarait-il en 2010 (L'Orient-Le Jour).

Quel a été le rôle de Walid Joumblatt dans la réconciliation druzo-chrétienne ?

En 2001, Walid Joumblatt accueille dans le Chouf le patriarche maronite Nasrallah Boutros Sfeir lors de la « réconciliation de la Montagne », qui met symboliquement fin à l'hostilité née de la guerre civile et permet le retour des déplacés chrétiens dans leurs villages.

Qui succède à Walid Joumblatt à la tête du PSP ?

En 2023, Walid Joumblatt transmet la présidence du Parti socialiste progressiste à son fils Taymour Joumblatt, né en 1982, assurant une succession ordonnée tout en conservant une autorité morale sur le parti.

Quelle est la position de Walid Joumblatt vis-à-vis de l'État libanais aujourd'hui ?

Il défend le renforcement de l'autorité de l'État et la stabilité institutionnelle. En janvier 2025, il fut l'un des premiers responsables à soutenir la candidature du général Joseph Aoun à la présidence de la République, élu le 9 janvier 2025 avec 99 voix.

Walid JoumblattDruzesLiban politiquePSPChouf
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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