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Diaspora· Décryptage

Diaspora libanaise en Afrique de l'Ouest : le socle historique, de la Côte d'Ivoire au Sénégal

C'est en Afrique de l'Ouest que bat le coeur de la présence libanaise sur le continent. Née d'une émigration de la fin du XIXe siècle, portée par le commerce puis l'industrie, la communauté y est aujourd'hui la plus nombreuse et la plus ancienne. Décryptage d'un enracinement de plus d'un siècle.

Vue de Dakar, capitale du Sénégal, l'un des foyers historiques de la diaspora libanaise en Afrique de l'Ouest

Fawaz.tairou / Wikimedia Commons, CC BY 4.0

Si la diaspora libanaise a essaimé sur presque tout le continent africain, c'est en Afrique de l'Ouest qu'elle s'est d'abord fixée, et c'est là qu'elle demeure la plus nombreuse. Ce socle historique, de la Côte d'Ivoire au Sénégal, en passant par la Guinée, la Sierra Leone et le Nigeria, raconte plus d'un siècle d'installation, de commerce et d'intégration. Ce décryptage ouvre notre série sur la diaspora libanaise en Afrique.

Les premiers pas, à la fin du XIXe siècle

Les pionniers arrivent dans les années 1880 et 1890. Ils viennent du Mont-Liban, alors province de l'Empire ottoman, que la pauvreté rurale, la surpopulation et l'effondrement de la sériciculture poussent à l'exil. Beaucoup visent l'Amérique. Une partie d'entre eux, faute de moyens ou trompés par des armateurs, sont débarqués sur les côtes du Sénégal ou de Guinée. Dakar, Conakry et la Casamance figurent parmi les premières escales. D'autres suivent, attirés par le bouche-à-oreille et par les opportunités du commerce colonial.

Ces premiers migrants sont majoritairement des chrétiens maronites, rejoints plus tard par des chiites du Liban-Sud, notamment à partir du milieu du XXe siècle. La Première Guerre mondiale et l'établissement du mandat français sur le Liban en 1920 renforcent les flux : un même cadre administratif, celui de l'empire français, relie désormais le Liban et l'Afrique-Occidentale française.

La Côte d'Ivoire, coeur battant

Au fil du XXe siècle, le centre de gravité se déplace vers la Côte d'Ivoire. Portée par l'essor du cacao et du café, puis par le dynamisme d'Abidjan, la communauté libanaise y devient la plus importante du continent. Les évaluations, en l'absence de recensement officiel, varient fortement : de 100 000 à 300 000 personnes selon les sources et les périodes, une fourchette qui dit surtout l'ampleur d'un enracinement. La crise ivoirienne des années 2000 a poussé une partie des familles à un départ temporaire, mais la communauté est restée un acteur économique majeur d'Abidjan.

Le Sénégal constitue l'autre grand foyer. Installée de longue date à Dakar et dans les villes de l'intérieur, la communauté libanaise, estimée entre 50 000 et 150 000 personnes, s'est illustrée dans le commerce, la distribution et l'industrie. Plus à l'est, le Nigeria abrite quelques dizaines de milliers de Libanais, tandis que des communautés plus réduites existent en Sierra Leone, au Ghana, en Guinée et au Bénin.

Du colportage à l'industrie

Le parcours économique est partout comparable. Les premiers arrivés se font colporteurs, puis commerçants, faisant le lien entre les campagnes productrices et les circuits d'exportation, arachide au Sénégal, cacao et café en Côte d'Ivoire. Les générations suivantes montent en gamme : import-export, agroalimentaire, matériaux de construction, immobilier, hôtellerie. Dans plusieurs pays, des groupes d'origine libanaise comptent aujourd'hui parmi les premiers employeurs privés.

Cette réussite s'est accompagnée, ici comme ailleurs, de perceptions ambivalentes, entre reconnaissance du rôle économique et méfiance à l'égard d'une communauté longtemps vue comme intermédiaire. Mais l'intégration est profonde : nées sur place, souvent binationales, ces familles se pensent d'abord ivoiriennes, sénégalaises ou nigérianes, tout en gardant un lien affectif et parfois économique avec le Liban.

Un héritage vivant

Plus d'un siècle après les premiers débarquements, la diaspora libanaise d'Afrique de l'Ouest n'est pas un vestige : elle est une communauté vivante, qui transmet une langue, une cuisine, des rites religieux et, souvent, un attachement au pays d'origine. Pour le Liban, elle représente un réseau économique et humain précieux, en particulier dans une période où le pays cherche des relais à l'étranger. Pour la France, dont l'héritage colonial et la langue ont accompagné une partie de cette histoire, elle est un fil de plus dans la trame des relations franco-libanaises.

Dans les prochains volets de notre série, nous reviendrons pays par pays sur ces communautés, leurs figures et leur poids. Car derrière les chiffres incertains, il y a des trajectoires familiales qui, du Mont-Liban aux rives de l'Atlantique, disent l'histoire d'un peuple qui a fait de l'exil une seconde patrie.

DiasporaAfriqueCôte d'IvoireSénégalHistoire
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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