Les Joumblatt, une dynastie du Chouf au service de la pensée libanaise
Avant Walid, il y eut Kamal, philosophe et fondateur du Parti socialiste progressiste, et avant lui Nazira, la régente qui sauva la maison. Retour sur une lignée druze qui a marqué l'histoire intellectuelle et politique du Liban.

Photo : domaine public (Wikimedia Commons).
Pour comprendre Walid Joumblatt, il faut d'abord remonter le fil d'une dynastie. Depuis le XVIIe siècle, la famille Joumblatt règne sur Moukhtara, au cœur du Chouf, cette montagne libanaise où druzes et chrétiens ont longtemps cohabité. De cette maison sont sortis des chefs communautaires, mais aussi l'un des plus grands penseurs politiques du monde arabe du XXe siècle.
Nazira, la dame de la montagne
L'histoire moderne de la famille est d'abord celle d'une femme. En 1921, Fouad Joumblatt est assassiné, laissant un fils, Kamal, encore enfant. C'est sa veuve, Nazira Joumblatt, qui prend en main les affaires familiales et politiques pendant les deux décennies suivantes. Surnommée « la dame de la montagne », elle assure la régence de Moukhtara et transmet à son fils le sens de la responsabilité communautaire. Une figure de continuité et d'autorité dans une société où le leadership féminin était rare (Wikipédia EN, « Kamal Jumblatt »).
Kamal, le philosophe-fondateur

Né en 1917, Kamal Joumblatt est un intellectuel avant d'être un homme d'appareil. Formé chez les Pères lazaristes d'Aintoura, puis à la Sorbonne (psychologie, sociologie, 1937-1939) et en droit à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth (1945), il devient l'un des esprits les plus prolixes de sa génération, auteur de plus de quarante ouvrages couvrant la philosophie, la politique et la spiritualité (Wikipédia EN, « Kamal Jumblatt »).
En 1943, à 26 ans, il prend la tête du clan à la mort de son cousin Hikmat. Six ans plus tard, en 1949, il fonde le Parti socialiste progressiste (PSP), formation laïque et réformiste qui déborde le seul cadre communautaire druze. Son parcours s'achève tragiquement le 16 mars 1977, lorsqu'il est assassiné dans une embuscade dans le Chouf, une opération largement attribuée aux services de renseignement syriens (Larousse ; Wikipédia FR et EN).
Une alliance de deux grandes maisons druzes
La lignée maternelle de Walid est tout aussi remarquable. Sa mère, May Arslan, appartient à la famille Arslan, historiquement rivale des Joumblatt au sein de la communauté druze. Le mariage de Kamal et May unissait ainsi les deux grandes factions traditionnelles druzes (Joumblattis et Yazbakis), un rapprochement lourd de sens symbolique.
Le grand-père maternel de Walid n'est autre que Chekib Arslan (1869-1946), l'une des figures intellectuelles majeures du monde arabe de la première moitié du XXe siècle, penseur panarabe et écrivain de renom. Par ses deux ascendances, Walid Joumblatt hérite donc d'un double capital : celui du pouvoir montagnard et celui de la pensée arabe moderne.
Un héritage qui oblige
Cette généalogie n'est pas qu'anecdotique. Elle explique la posture de Walid Joumblatt tout au long de sa carrière : un homme conscient de porter une histoire longue, tenu par un devoir de continuité envers sa communauté et son pays. La suite de ce parcours, marquée par la guerre puis par la réconciliation, est racontée dans notre volet sur la guerre et la réconciliation de la Montagne.

