Amal : comment Nabih Berri a donné une voix politique au Sud
Né du Mouvement des déshérités de l'imam Moussa Sadr, le mouvement Amal a fait entrer en politique une communauté longtemps ignorée. En en prenant la tête en 1980, Nabih Berri a transformé une cause sociale en force parlementaire durable.

Ministère autrichien des Affaires étrangères, Wikimedia Commons, CC BY 2.0
Pour comprendre Nabih Berri, il faut remonter à une frustration : celle d'un Liban-Sud pauvre, exposé, et politiquement muet. C'est cette frustration que l'imam Moussa Sadr décide de transformer en force. En 1974, avec Hussein el-Husseini, il fonde le Mouvement des déshérités, matrice de ce qui deviendra le mouvement Amal (l'espérance). L'objectif est clair : donner une existence politique aux Libanais laissés pour compte, à commencer par les chiites du Sud et de la Békaa.
Le vide laissé par Moussa Sadr
Le 31 août 1978, l'imam Sadr disparaît lors d'un voyage en Libye. Sa disparition, jamais élucidée, prive le mouvement de son fondateur et de son guide charismatique en pleine guerre civile. Le vide est immense. C'est dans ce contexte que, en 1980, Nabih Berri est porté à la tête d'Amal. L'avocat formé à Beyrouth hérite d'une cause sociale ; il va en faire une machine politique.
Du Sud occupé à la scène nationale
Dans un Liban-Sud soumis aux incursions et à l'occupation israélienne, Amal se pose en défenseur d'une population en première ligne. Berri en fait le relais des revendications d'un Sud qui, jusque-là, comptait peu à Beyrouth. Peu à peu, le mouvement s'impose comme un acteur incontournable de la représentation chiite, aux côtés d'autres forces qui émergeront dans la décennie.
Une force qui dure
La grande réussite de Berri est d'avoir installé Amal dans la durée institutionnelle. Là où tant de milices de la guerre ont disparu avec elle, le mouvement s'est transformé en formation parlementaire pérenne, présente à chaque législature depuis la fin du conflit. Cette conversion d'une cause en institution prépare le rôle d'État que Berri jouera à partir de Taëf, développé dans notre volet sur la fin de la guerre et la reconstruction de l'État. L'ensemble du parcours est resitué dans notre portrait du doyen des institutions libanaises.

