Nabih Berri, le doyen des institutions libanaises
Président du Parlement sans interruption depuis 1992, chef du mouvement Amal depuis 1980, Nabih Berri est devenu la mémoire vivante de l'État libanais. De l'émigration africaine au perchoir, portrait d'un homme qui a fait de la continuité des institutions et du dialogue entre communautés sa marque de fabrique.

Commission européenne / Christophe Licoppe, Wikimedia Commons, CC BY 4.0
Peu d'hommes ont autant épousé la durée que lui. Depuis le 20 octobre 1992, Nabih Berri préside le Parlement libanais sans discontinuer, ce qui fait de lui le président d'assemblée législative en exercice le plus ancien au monde. À la tête du mouvement Amal depuis 1980, il traverse un demi-siècle de vie publique libanaise comme un point fixe : présidents, gouvernements et crises passent, il reste. Cette longevité n'est pas qu'un record ; elle a fait de lui un rouage central de la continuité de l'État.
Un enfant de la diaspora
Né le 28 janvier 1938 à Bo, en Sierra Leone, dans une famille de commerçants originaire de Tibnin, au Jabal Amel, Nabih Berri est un pur produit de cette émigration libanaise qui a essaimé de l'Afrique de l'Ouest aux Amériques. Rentré au pays pour ses études, avocat formé à l'Université libanaise, il incarne très tôt la trajectoire d'un Sud longtemps tenu à l'écart du pouvoir. Nous retraçons ses origines et sa formation dans notre volet sur son parcours, de la diaspora au barreau de Beyrouth.
La voix d'une communauté

Disciple de l'imam Moussa Sadr, Berri prend en 1980 la tête d'Amal, né du Mouvement des déshérités. Il en fait le porte-voix politique d'un Liban-Sud marginalisé, exposé aux occupations et aux guerres. Ce chapitre est développé dans notre volet consacré à Amal et à l'entrée en politique du Sud.
Bâtir l'État d'après-guerre

Ministre à plusieurs reprises entre 1984 et 1992, Berri accompagne la sortie de la guerre civile et l'édification de la Deuxième République née de l'accord de Taëf. Sa contribution à la reconstruction institutionnelle est analysée dans notre volet sur Taëf et l'État d'après-guerre. Trois décennies durant, il a fait du perchoir un lieu d'arbitrage et de dialogue, comme le montre notre volet sur ses trente ans à la présidence du Parlement.
Le négociateur des tournants

En novembre 2024, c'est encore lui qui négocie pour le Liban le cessez-le-feu qui met fin aux hostilités avec Israël ; en janvier 2025, c'est lui qui proclame l'élection de Joseph Aoun à la présidence, refermant une vacance de plus de deux ans. Ce rôle de médiateur des grands tournants est détaillé dans notre volet sur le négociateur du cessez-le-feu et du retour à l'État.
Une constante : les institutions
On peut débattre de ses alliances et de ses choix. Mais sur un point, la ligne de Berri n'a jamais varié : maintenir vivant le fil des institutions libanaises, même quand tout invitait à la rupture. Dans un pays où l'État s'est si souvent effacé, ce souci obstiné de la continuité constitutionnelle restera sa signature.

