Crimes de guerre au Liban-Sud : une plainte « contre X » déposée en France
Un citoyen franco-libanais a saisi le 22 septembre 2026 le parquet national antiterroriste pour la destruction de sa maison et de ses oliviers dans le sud du Liban. C'est au moins la troisième plainte de ce type déposée cette année en France, devenue le principal recours judiciaire des victimes libanaises.

Hussein Abdallah, Wikimedia Commons, CC BY 2.0
La justice française s'impose peu à peu comme le premier recours des Libanais pour faire reconnaître les destructions subies au Liban-Sud. Le 22 septembre 2026, un citoyen franco-libanais installé en France a saisi le parquet national antiterroriste (PNAT) pour la destruction de sa maison et de ses oliviers dans le sud du pays, pendant la guerre entre Israël et le Hezbollah. Une démarche portée par deux figures du contentieux international, et qui vient s'ajouter à une série de plaintes visant des faits imputés à l'armée israélienne.
Une maison et des oliviers rasés
Le plaignant, dont le nom n'a pas été rendu public, vit en France. Sa maison et ses oliviers du Liban-Sud ont été détruits par Israël au cours du conflit, selon ses avocats William Bourdon et Nicolas Busin, du cabinet Bourdon & Associés. La plainte a été déposée "contre X", une procédure de droit français qui permet à la justice d'ouvrir une enquête et d'identifier elle-même les responsables, sans les nommer a priori. La plainte a été annoncée à Beyrouth, lors d'une conférence sur la corruption et la reddition de comptes organisée par le parti réformiste Lana, en présence de la députée d'opposition Halima El Kaakour.
La destruction des oliveraies du Liban-Sud n'est pas un cas isolé. Nos précédents articles ont documenté l'ampleur des dégâts infligés au patrimoine agricole et environnemental de la région. L'olivier, dans cette partie du Liban, n'est pas seulement une ressource : c'est un patrimoine familial transmis sur des générations.
"L'absence complète de tout objectif militaire"
Selon Nicolas Busin, la famille du plaignant n'a aucun lien avec le Hezbollah, ce qui démontre à ses yeux "l'absence complète de tout objectif militaire" dans ce qui est arrivé à sa propriété. L'avocat y voit "un acte de destruction, de dégradation, voire de vol", constitutif selon lui d'un crime de guerre. La plainte, a-t-il précisé, vise à établir la vérité, à identifier les responsables et à les poursuivre.
Me Busin a replacé cette affaire dans un contexte plus large au Liban-Sud qui, selon lui, "semble relever d'un nettoyage ethnique". Il a également affirmé que plus de 6 000 ressortissants français servent dans l'armée israélienne : "Il est inacceptable que des nationaux français commettent des crimes de guerre au Liban-Sud." Ces qualifications engagent l'avocat du plaignant ; il reviendra à la justice française d'établir les faits.
La France, dernier recours des victimes
La justice française est compétente parce que les plaignants sont français. C'est ce qui explique la multiplication des procédures : plusieurs Libanais binationaux se tournent vers l'étranger faute de voie de recours au Liban pour des crimes de droit international.
Cette plainte est au moins la troisième déposée en France en 2026 pour des crimes de guerre présumés au Liban. La première, déposée à Paris en avril, émanait d'Ali Cherri, dont les parents avaient été tués dans une frappe israélienne à la veille du cessez-le-feu de novembre 2024. La deuxième, en juin, avait été introduite par un Franco-Libanais ayant perdu plusieurs membres de sa famille dans une frappe sur un immeuble d'habitation à Tyr, en avril, après la reprise des combats.
Le Liban n'est pas partie au Statut de Rome et n'a toujours pas reconnu la compétence de la Cour pénale internationale (CPI), malgré les appels répétés des organisations de défense des droits humains. En l'absence de mécanisme interne ou international accessible, les tribunaux d'un pays tiers deviennent la seule porte ouverte.
L'article 13, une clause qui inquiète
Une clause de l'accord-cadre entre Israël et le Liban, signé en juin 2026 pour tenter de mettre fin aux hostilités, ravive les craintes sur la capacité de Beyrouth à rechercher justice. Son article 13 engage les deux parties à "prendre des mesures de bonne foi démontrant une intention positive, y compris la cessation de toute action hostile ou défavorable dans les enceintes politiques ou juridiques internationales".
Autrement dit, le texte pourrait être lu comme une invitation faite au Liban à renoncer aux poursuites internationales. Pour Me Busin, les procédures menées à l'étranger peuvent au contraire nourrir la dynamique interne : "Les procédures engagées aujourd'hui en France et dans d'autres juridictions pourraient demain avoir un impact positif au Liban, où la demande de reddition de comptes est elle aussi très forte."
Un cabinet déjà au cœur des dossiers libanais
William Bourdon, avocat français reconnu en matière de droits humains, a engagé ces dernières années une série de procédures liées au Liban, à l'origine de trois enquêtes distinctes en France. Il a représenté plusieurs victimes cherchant à mettre en cause l'élite bancaire et politique libanaise après l'effondrement financier de 2019.
En 2021, l'association Sherpa, qu'il a fondée, et le Collectif des victimes des pratiques frauduleuses et criminelles au Liban avaient déposé plainte contre Riad Salamé, ancien gouverneur de la Banque du Liban. La procédure a conduit au gel d'avoirs en Europe, à un mandat d'arrêt international et à la mise en examen de dix entités ou personnes, dont la filiale suisse de HSBC ; un procès pourrait s'ouvrir dès 2028. D'autres dossiers visent l'ancien Premier ministre Najib Mikati ainsi que les filiales françaises de deux groupes bancaires libanais, SGBL et Bank Audi, et certains de leurs dirigeants. Les intéressés ont nié tout manquement.
Qu'il s'agisse des destructions au Liban-Sud ou de la corruption financière, un même mouvement se dessine : faute de justice à Beyrouth, c'est ailleurs que se joue désormais la bataille de la reddition de comptes.


