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France–Liban· Mobilisation

« Rendez au Liban ses oliviers » : l'appel qui rassemble tous les Libanais

Un collectif d'associations françaises et franco-libanaises lance un appel pour établir le sort des oliviers détruits par l'armée israélienne au Liban-Sud, restituer ceux qui vivent encore et indemniser les familles. Par-delà les confessions et les partis, l'olivier devient l'emblème d'une cause à la fois nationale et universelle.

Oliveraie au Liban, huile sur toile du peintre canado-libanais Samir Sammoun

Samir Sammoun, « Olive Grove in Joun, Lebanon » (CC BY-SA 3.0)

Il est un arbre que les Libanais reconnaissent comme un des leurs. L'olivier ne se contente pas de nourrir : il enracine, il relie les générations, il tient debout là où les frontières et les guerres passent. C'est cet arbre qu'un collectif d'associations françaises et franco-libanaises, réuni autour de Change Lebanon et du think tank franco-libanais LEIC, a choisi de défendre. Dans une tribune publiée par L'Orient-Le Jour, il lance un appel au titre sans détour : « Rendez au Liban ses oliviers ».

Un appel qui refuse les camps

Le texte, porté par Change Lebanon, prend soin de se placer au-dessus des divisions libanaises. « Nous ne parlons ici ni pour un parti ni pour un camp, écrivent ses auteurs, mais pour un principe universel : qu'un olivier arraché à une famille doit lui être rendu. » L'olivier y est décrit comme un bien commun, antérieur aux querelles : « Ce qui appartient à une nation, à son histoire, à son âme, doit être préservé. » C'est là toute la force de la démarche. Dans un pays travaillé par les fractures confessionnelles et politiques, l'olivier est l'un des rares symboles qui rassemblent sans exclure. Les signataires s'adressent d'ailleurs aux agriculteurs, aux défenseurs de l'environnement et du patrimoine, aux scientifiques, aux artistes, aux responsables religieux de toutes confessions et aux citoyens de toutes nationalités. Défendre l'olivier, c'est refuser que la destruction devienne une manière d'effacer une identité partagée.

L'ampleur des destructions

Les chiffres donnent la mesure de l'enjeu. Selon le CNRS-Liban et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la guerre menée par Israël en 2023-2024 a ravagé environ 5 000 hectares de couvert forestier et plus de 2 150 hectares de vergers, dont quelque 814 hectares d'oliveraies. Beaucoup de ces arbres étaient centenaires, parfois davantage, impossibles à remplacer à l'échelle d'une vie humaine. Et les destructions se poursuivent cet été : l'Agence nationale de l'information libanaise impute à l'armée israélienne l'incendie de près de 120 hectares d'oliveraies à Yaroun, ainsi que des feux déclenchés à Bint Jbeil par des bombes au phosphore. Ces pertes s'inscrivent dans un désastre plus large, que nous avons documenté à propos des oliveraies, forêts et sites patrimoniaux ravagés au Liban-Sud et des agriculteurs coupés de leurs terres.

Trois demandes concrètes

L'appel ne se paie pas de mots : il formule trois exigences vérifiables. Établir officiellement le sort de ces arbres, en recensant combien ont été détruits et où. Restituer à leur terre ceux qui sont encore vivants, lorsqu'ils ont été déracinés et emportés par l'armée israélienne. Indemniser enfin les familles dont les oliviers ont été détruits, pour la valeur des arbres, les récoltes perdues, la dégradation des sols et le temps nécessaire à une nouvelle plantation. Ces demandes, soulignent les auteurs, relèvent du droit international et du droit à réparation des victimes. Elles sont aussi l'expression d'une volonté nationale : voir le Liban retrouver sa dignité, sa souveraineté et sa liberté.

Un rôle pour la France

Le collectif appelle les Nations unies, les États-Unis, l'Union européenne, la Ligue arabe et l'ensemble des partenaires du Liban à porter ces demandes. Il interpelle particulièrement la France, invitée à mobiliser son influence diplomatique au service d'une paix qui protège les habitants, leurs biens et leur héritage. Le fait que l'appel émane d'associations françaises et franco-libanaises n'a rien d'anecdotique : il dit le rôle de pont que joue la diaspora entre les deux rives, et sa capacité à porter la voix du Sud jusqu'aux capitales européennes. Les signataires prennent soin, là encore, d'élargir leur propos : « Ce que nous réclamons pour le Liban, nous le réclamons pour toute famille, en tout pays, à qui l'on aurait arraché ses arbres et sa terre. »

Une cause qui unit les Libanais

Rien, au Liban, ne rassemble aussi naturellement que l'olivier. Là où la politique divise et où les mémoires s'affrontent, l'arbre relie. Il pousse dans le Sud comme dans la Békaa, sur les collines du Chouf comme dans le Koura, chez les uns et chez les autres, sans distinction de confession ni d'appartenance. Chaque famille libanaise, où qu'elle vive, a un olivier dans son histoire. C'est cette évidence que l'appel transforme en force commune : défendre les oliviers arrachés au Sud par l'armée israélienne, ce n'est pas prendre le parti d'une communauté contre une autre, c'est défendre un héritage que tous les Libanais reconnaissent comme le leur. Dans un pays où l'unité nationale se cherche depuis des décennies, l'olivier offre un terrain d'entente rare, où la diaspora et ceux restés au pays, les régions et les confessions, peuvent parler d'une même voix. Rendre au Liban ses oliviers, c'est aussi lui rendre un peu de ce qui le tient ensemble.

Un symbole plus grand que lui-même

Reste l'essentiel, que résume une phrase de l'appel : « En défendant les oliviers, c'est la liberté de tout un pays que nous défendons. » Chaque arbre rendu, écrivent ses auteurs, est un pas vers la réconciliation et vers la vie. On ne bâtit pas la paix sur des racines arrachées, mais en rendant à chaque famille ce qui lui a été pris. Dans un Liban fracturé, l'olivier rappelle ce qui, envers et contre tout, demeure commun : une terre, une mémoire, une espérance. « Rendez au Liban ses oliviers », conclut le texte. Rendez-lui aussi, avec eux, un peu de sa dignité.

Sources
  • Tribune « Rendez au Liban ses oliviers » (Change Lebanon, think tank LEIC et associations franco-libanaises), publiée par L'Orient-Le Jour
  • CNRS-Liban / PNUD, évaluation environnementale 2025
  • Agence nationale de l'information (ANI)
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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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